Eugène Freyssinet et la découverte du fluage du béton, du pont sur le Veurdre au pont de Luzancy
Abstract
C’est en observant les déformations de son pont sur le Veurdre qu’Eugène Freyssinet a mis en évidence dès 1911 le phénomène de fluage du béton qui était jusque-là inconnu et pas pris en compte dans le calcul des ouvrages : alors que la flèche à mi-travée approchait 13 cm en moins d’un an, il était intervenu de nuit pour remettre en place l’ouvrage et bloquer l’articulation qui favorisait cette déformation structurelle. Il avait également conclu que, sous charge, le béton se déformait dans le temps. Il va profiter de la construction du pont Albert Louppe pour vérifier expérimentalement le phénomène. Puis lors de la construction du premier pont précontraint en France, le pont de Luzancy, Freyssinet va tenir compte de ces déformations dans le calcul de l’ouvrage. Conscient de l’incertitude des déformations à long terme, il va intégrer dans sa conception la possibilité de corriger dans le futur les pertes de précontrainte selon une méthode qui est utilisée actuellement lors des réparations de cet ouvrage emblématique. L’objet de cet article est de décrire ce cheminement de pensée qui peut encore éclairer la conception des ouvrages actuels.